• Rapport de vendanges 2017 - Champagne Louis Roederer
    Posté par
       vues (226)
       0Commentaires

    Rapport de vendanges 2017 - Champagne Louis Roederer

     

    Vendanges 2017

    Millésime « Fast & Furious »

     Précoce, réaliste…. et résolument humain !

     

    La Vigne et le Climat

    Une valse à deux temps… mais à contre-sens!

     

    Après un automne plutôt frais et sec, l’hiver 2016/2017 se révèle doux et bien trop sec. Il se termine par le mois de Mars le plus doux des 20 dernières années (+2.5°C par rapport à la moyenne) avec des températures de fin Mars dignes de la mi-Mai. En cette fin d’hiver, les réserves en eau des sols sont déficitaires mais les sols se travaillent magnifiquement bien grâce au froid du début de l’hiver.

     

    Cette douceur du premier trimestre lance le cycle végétatif de la vigne de façon très précoce et le débourrement est observé avec 7-10 jours d’avance sur la moyenne décennale : les Chardonnays débourrent le 4 avril, les Pinots noirs le 6 avril et les Meuniers le 10 avril.

     

    Un débourrement précoce en Champagne est souvent synonyme d’augmentation des risques de gelées printanières…. Et le mois d’Avril se révéla particulièrement frais jusqu’au « Black Thursday » du 20 avril ! A cette date, les vignes sont en pleine croissance avec des Chardonnays en moyenne à 3 feuilles étalées, des Pinots noirs à 1 feuille étalée et des Meuniers entre éclatement et 1 feuille étalée.

     

    La triste nuit du 19 au 20 avril, un froid intense sévit sur la Champagne et deux  phénomènes météorologiques dévastateurs se combinent : des gelées blanches de fond de vallée (Vallée de Marne) ou de bas de coteau (Côte des Blancs) mais aussi des gelées noires avec un courant d’air froid venant du nord-est et se bloquant contre les reliefs (Nord de la Montagne de Reims).

     

    Le portail météo du Comité Champagne du 20 avril à 5 :00 du matin donne l’ampleur du phénomène : les gelées les plus importantes viennent de passer sur nos vignobles. Vous y trouvez 2 températures : la première (en  orange) est mesurée sous abri et située à 2m du sol pour limiter l’influence des autres paramètres atmosphériques ; la seconde, plus proche de la réalité, correspond à la température actinométrique (en violet) prenant en compte l’influence du rayonnement, des précipitations et du vent. Elle est mesurée au plus près des bourgeons,  à 10cm du sol, et permet de restituer la véritable température « ressentie ».

     

    Tous les secteurs affichent des températures ressenties bien au-delà de ce que la vigne peut supporter puisque celle-ci gèle dès que les températures sont inférieures à -1°C/-2°C.

     

    Le jour suivant, toutes nos équipes sont sur « le pont » et tentent d’estimer l’ampleur des dégâts… mais ce n’est pas fini ! Un autre épisode, heureusement moins intense, vient à nouveau toucher la Montagne de Reims et la Vallée de la Marne la nuit suivante du 20 au 21 avril !

     


    Le bilan final, à l’échelle du vignoble Louis Roederer, avoisinera malheureusement le chiffre impressionnant de 30 à 35% de bourgeons détruits, soit 1/3 de la récolte perdue en deux nuits. La Montagne de Reims a perdu plus de 40% des bourgeons, la Côte des Blancs est gelée à 25%, la vallée de la Marne entre 15% et 25%... jusqu’au triste record de Bouleuse gelé à 85% !

     

    Le mois de Mai réchauffe progressivement les cœurs et l’atmosphère….. les pluies viennent nourrir les sols encore trop secs et la minéralisation de l’azote permet une pousse particulièrement active. A cette époque, nos parcelles se distinguent nettement des autres parcelles avoisinantes : nos vignes poussent plus vite et sont bien vertes alors que celles de nos voisins manquent d’eau, jaunissent et sont « à l’arrêt ». Il faut y voir l’effet positif du labour de l’ensemble de nos sols et de la culture biodynamique qui permettent un enracinement profond des vignes et donc une moindre sensibilité aux aléas climatiques (sécheresse et pluies).

     

    Tout le talent des vignerons de la Maison est à l’œuvre... nous nous concentrons sur les ébourgeonnages et enchaînons rapidement sur le relevage d’une vigne en pleine croissance. On ne s’embête pas dans le vignoble et les corps sont bien fatigués en fin de journée ! D’autant qu’en cette fin Mai, les premières fleurs ne sont déjà plus très loin.

     

    La pleine fleur des Chardonnays est ainsi enregistrée le 5 juin, celle des Pinots noirs le 8 juin et le 10 juin pour les Meuniers. Nous ne sommes plus que 4 jours en avance par rapport à la moyenne décennale. Le déficit hydrique accumulé depuis le début de la campagne n’a toujours pas été comblé, notamment dans la Côte des Blancs, la Région d’Epernay et la Montagne de Reims. Il faut maintenant impérativement de l’eau si l’on veut que la baie se développe correctement au cours de l’été (épaisseur des pellicules, développement des arômes).  

     

    Les pluies tant attendues arrivèrent fin juin - début Juillet. Elles permettent à la vigne d’atteindre tranquillement et sans encombre le stade « fermeture de la grappe » qui marque la fin de sensibilité des grappes au mildiou et à l’oïdium.  

     

    Pour la première fois depuis l’apparition de la chimie dans les années 1960, tout notre vignoble est resté en régime « bio » pendant toute la campagne ! L’année s’y prêtait certainement mais il s’agit là d’une véritable prouesse technique de nos équipes du vignoble et c’est l’aboutissement de plus de 15 ans de travail dans la conversion de nos pratiques viticoles. En 2017, nous aurons donc cultivé 100 hectares en biodynamie et tout le reste en bio. Bravo !

     

    Mais les pluies s’installent et ne semblent plus s’arrêter… Le scénario climatique s’inverse et devient à nouveau défavorable ! On passe d’un extrême à l’autre : le trop de douceur et de sécheresse printanier laisse la place à une humidité estivale excessive, ce qui favorise la croissance des baies de raisin mais aussi le développement des parasites tel que la pourriture grise.

     

     Juillet 2017 sera donc chaud et pluvieux, avec très peu de luminosité ! Il faut rapidement changer de paradigme et de stratégie… nous arrêtons immédiatement le travail du sol afin de limiter la mise à disposition d’azote qui aurait pour effet d’augmenter la sensibilité des raisins à la pourriture grise et nous laissons l’herbe se développer pour capter et évaporer les excès d’eau.

     

    Le mois d’août confirmera cette tendance à l’humidité : il sera frais et humide ! Notre réactivité et notre changement de stratégie furent payant ! Alors que la vigne reprend de l’avance (la véraison est atteinte avec 10 jours d’avance sur la moyenne décennale), les foyers de pourritures seront finalement relativement limités dans les vignes de la Maison à la veille de la vendange !

     

     

     

    Les vendanges

    La patiente recherche de la maturité… perturbée par les pourritures !

     

     

    L’humidité estivale favorise la pousse régulière de la vigne et donc le grossissement des grappes de raisin. La dynamique de maturation est forte (le feuillage est actif et la photosynthèse très efficace) et l’on constate une bonne accumulation de sucre associée à une acidité importante.

     

    A la mi-août, malgré un degré naturel déjà élevé, les Chardonnays paraissent encore bien verts et les Pinots noirs et Meuniers bien roses… Il est évident que la véraison n’est pas totalement aboutie par manque de soleil et de chaleur. La maturité phénolique (arômes) est clairement en retard par rapport à l’accumulation de sucre. Il faut donc attendre et pousser la maturité plus loin si l’on veut avoir du goût !

     

    Mais la pourriture grise profite aussi de ces conditions humides ! Si les Chardonnays sont globalement indemnes (certainement lié à des grappes plus lâches), la présence de botrytis cinerea est généralisée dans les Pinots noirs et les Meuniers. Ses attaques sont même spectaculaires dans quelques vignes trop vigoureuses et trop généreusement fertilisées par une viticulture d’un autre temps. Ces malheureuses vignes « bodybuildées »  décrochent  déjà, développant des foyers de pourriture grise et acide alors que la maturité est encore loin ! Les nerfs sont à vif chez certains vignerons qui ne comprennent pas ce qui leur arrive !

     

    Si l’attaque de botrytis est générale en Champagne, elle aura été plutôt retardée dans nos vignes grâce à un enracinement profond, la présence d’herbe sur le sol, une végétation aérée et une vigueur modérée, des travaux en vert bien réalisés et, dans certains cas, un effeuillage précoce.

     

    La maturité avance bien en cette fin août et tous les espoirs sont encore permis : les sucres sont élevés et les acidités bien équilibrées. Les arômes approchent… la maturité se dessinent lentement et nous sommes optimistes. Un démarrage progressif des vendanges se profile à partir du 1er septembre pour la Vallée de la Marne, le 2 septembre pour la Côte des Blancs et le 4 septembre pour la Montagne de Reims.

     

    Lorsque nous fixons les dates de récolte, le 25 août, nous sommes sous la pluie… et la météo annonce un coup de chaleur les 28/29 août. Nous attendons ce coup de chaleur avec optimisme car il permettra de dégrader l’acide malique encore un peu élevé et viendra peaufiner quasi parfaitement l’acidité et l’équilibre final des jus… par contre, nous redoutons le développement de la pourriture et nous sommes prêts à agir vite si la pluie provoque une accélération de la pourriture. Nous sommes prêts…  et les vendangeurs attendent nos instructions.

     

    Ce scénario se réalisa exactement comme nous l’avions prévu mais nous avions cependant sous-estimé la fulgurance et la violence de l’épidémie de pourriture grise et acide qui allait s’abattre sur les Pinots noirs et les Meuniers. Il fallait maintenant  aller vite pour gagner la course contre les pourritures d’autant que la charnière climatique « fraîche » (nuits fraîches et journées douces), idéale pour presser les raisins dans de bonnes conditions, se mettait en place dès le 30 août avec une chute impressionnante des températures de plus de 15°C du jour au lendemain.

     

    Nous prenons alors deux décisions importantes :

     

    1. Nous avançons les dates de vendange au 31 août pour la Vallée de la Marne et au 1er septembre pour la Côte des Blancs et la Montagne de Reims. Tous les secteurs commencent quasiment le même jour, ce qui est inédit.

     

    1. Nous démarrons dès le premier jour avec l’ensemble de nos équipes, soit 450 vendangeurs

     

     

    Les vendanges démarrent et nous sommes persuadés que la cueillette sera l’étape déterminante de l’année pour le Pinot noir et le Meunier : il faut trier en éliminant les grains atteints par la pourriture mais aussi ceux qui, encore « roses-verts », pourraient donner un côté végétal au vin. Le mot d’ordre est : « Trier, trier, trier... trier encore…. Quitte à laisser par terre 15 à 25% des raisins ».

     

    Le vignerons de la Maison forment et accompagnent les vendangeurs à chaque moment pour s’assurer de la qualité du tri. Et cela marche ! Les premiers raisins sont de toute beauté. Le travail et dur, exigeant, mais le résultat est là… nous avons fait les bons choix !

     

    Au pressoir, les raisins sont pressés immédiatement, même lorsque les marcs sont incomplets, afin de limiter le temps d’attente et donc une dégradation supplémentaire des raisins. Nous attachons aussi une attention particulière aux programmes de pressurage pour ne pas perdre de temps.

     

    Après deux jours de cueillette, nous nous rendons compte que les Chardonnays sont impeccables et continuent de bien mûrir… mais les Pinots noirs se dégradent toujours et la pourriture avance plus vite que nos vendangeurs!

     

    Nous prenons alors une troisième décision qui s’avérera déterminante : nous renforçons les équipes de vendangeurs et déplaçons des équipes de la Côte des Blancs, où les Chardonnays tiennent, vers la Montagne de Reims où la pourriture est plus rapide que nous. Ainsi, le dimanche 3 septembre, nous vendangeons 12 hectares à Verzenay alors que d’habitude nous vendangeons un peu moins de 6 hectares par jour !

     

    Grâce à tous ces efforts, nous prenons de vitesse la dégradation des raisins et garderons cette avance jusqu’à la fin des vendanges.

     

    Le 4 septembre, ça y est ! Toute la Champagne est en vendanges ! Les demandes de citernes affluent de toutes parts et le PC vendange est fortement sollicité. L’accélération des rentrées vendanges suit logiquement l’accélération de la récolte, les norias de citernes se mettent en place. En 6 jours  (du 4 au 9 septembre), nous rentrons aux caves plus de 70% de la récolte !

     

    Fast & Furious… nous finissons nos vendanges le 9 septembre, soit 9 jours après les avoir commencées. Cette course contre la pourriture constitue un record de vitesse : jamais, dans l’histoire de la Maison, nous n’avions vendangé aussi vite sans déroger une seule fois à notre exigence de tri !

     

    Au final, la difficulté de l’année ne doit pas cacher les beaux équilibres atteints par le raisin. La comparaison aux grands millésimes récents que j’ai pu vinifier donne quelques caractéristiques communes avec 2009 et 2002 :

     

                                        2017    2016    2015    2012    2009    2008    2002    1996    1990

    Degré naturel                           10,5%      10.3 %     10.8 %     11.1%      10.3%      10.0%      10.7 %     10.4%      11.1%

    Acidité                                         7,2 g/l      6.8 g/l      6.8 g/l      7.7 g/l      7.3 g/l      8.3 g/l      6.9 g/l      9.8 /l        7.9 g/l

    pH                                                 3.03          3.07          3.05          3.05          3.04          2.95          3.03          2.94          3.10         

    Acide Malique                           6,1 g/l      5.5 g/l      5.9 g/l      7.2 g/l      6.0 g/l      7.6 g/l      5.8 g/l      9.3 g/l

    Indice maturité (S/A)              24,54       25.49       26.73       25.95       23.84       20.34       26.10       17.86       23.67

     

    Ces équilibres seront malheureusement compromis dans certains lots de raisins extérieurs où le vigneron n’aura pas effectué la cueillette sélective qui s’imposait cette année pour éviter les goûts de moisi. Espérons que nous n’en aurons pas trop !

     

    Côté vignoble Maison, avec un rendement final de 7.700 kg/ha (au lieu de l’appellation à 10.300 kg/ha cette année) nous rentrons une très belle vendange et je vous propose, comme tous les ans, de voyager dans le Panthéon de nos meilleurs millésimes …

     

                                        2017    2016    1990    1976    1964    1962    1959    1949    1947

    Verzenay                    

    Degré naturel                           10,4%      10.5 %     11.5%      10.5 %     10.6%      11.5%      12%          10.7%      11.6%

    Acidité                                         7,5 g/l      6.9 g/l      8.3 g/l      6.5 g/l      6.6 g/l      8.9 g/l      6.6 g/l      7.3 g/l      7.1 g/l

    Indice maturité (S/A)              23,43       25.61       23.16       27.19       27.03       21.88       30.75       24.67       27.38

    Ay

    Degré naturel                           10,7%      10.9 %     11.2%      10.7 %     10.6%      11.5%      12.3%      10.5%      11.2%

    Acidité                                         7,1 g/l      6.2 g/l      7.2 g/l      5.6 g/l      6.3 g/l      8.3 g/l      5.7 g/l      6.7 g/l      6.4 g/l

    Indice maturité (S/A)              25,41       29.59       26.25       32.16       28.32       23.24       36.16       26.38       29.46

     

    Avize

    Degré naturel                           11,5%      10.7 %     11.2 %     11.1 %     11.1%      11.6%      13%          10.5%      11.5%

    Acidité                                         6,1 g/l      6.2 g/l      8.0 g/l      5.9 g/l      6.3 g/l      8.5 g/l      5.6 g/l      6.7 g/l      6 g/l

    Indice maturité (S/A)              31,81       29.05       23.56       31.66       29.65       23.08       39.13       26.38       32.29

     

     

    La lecture de ces données de maturité montre que 2017 est l’année du grand écart entre Pinot noir et Chardonnay. Nous allons devoir adapter nos vinifications en conséquence.

     

    Les Pinots noirs 2017 ont des acidités plus élevées que nos millésimes de référence. La maturité n’est probablement pas aussi aboutie que nous l’aurions peut-être souhaité mais elle est tout à fait correcte et ils devraient donc être portés par une belle fraîcheur et exprimer leur côté élégant. Il faudra leur donner un peu de puissance lors des vinifications.

     

    Les Chardonnays 2017 se distinguent par leur belle maturité. Nous n’avions pas vu d’aussi beaux chardonnays depuis 1990 mais si l’on compare plus précisément les données de maturité, il faut remonter à 1947 pour trouver des indices de maturité équivalents. Nous devrons vinifier ces vins naturellement riches pour développer de l’élégance.

     

    Alors millésime 2017 = année du chardonnay?Nous verrons lors des dégustations de vins clairs mais il y aura probablement quelques très jolis Pinots noirs également ! Si nous avons abandonné l’idée de faire du Cristal Rosé et du Brut Nature en 2017, il reste encore un bon espoir pour faire du Cristal 2017 !

     

     

    Au bilan, ce millésime 2017 aura été un millésime réaliste… et résolument humain

     

    Réaliste car c’était une année difficile, « challenging », où nous avons vécu, avec toutes les équipes, une vraie vie de vigneron avec ses succès (biodynamie, bio, relevage) mais aussi son impressionnant cortège de difficultés (gel, pousse de la vigne, pourriture, vendange). Il fallait donc être réactif, à l’écoute, disponible et agile pour réussir 2017.

     

    Humain car ces années difficiles sont éminemment révélatrices du caractère des Hommes. Ne dit-on pas que « c’est dans la tempête que l’on voit la qualité des marins et des équipages » ?

     

     Je dois vous avouer que j’ai eu beaucoup de plaisir à « manœuvrer », avec vous tous, ce millésime 2017 ! L’équipage Roederer, la #TeamRoederer,  s’est révélé engagé, disponible, présent et de grande qualité. Même dans les situations difficiles, parfois très tendues avec les livreurs extérieurs de la Maison, la #TeamRoederer a tenu bon et je tenais à remercier chacune et chacun d’entre vous pour cette belle réussite collective dont nous nous souviendrons longtemps !

     

      

    Jean-Baptiste Lécaillon – 17 Septembre 2017

     

    Pour vivre l’expérience du Voyage au Cœur des vendanges 2017 chez Champagne Louis Roederer rejoignez le compte Twitter de la Maison @LouisRoederer

Laisser une réponse

* Nom:
* Email: (Non publié)
   Site: (Url du site avechttp://)
* Commentaire: